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L’invention de l’économie française

Présentation de l’ouvrage sur le site des Presses de Sciences Po.

Thomas Angeletti, L’invention de l’économie française, Paris, Presses de Sciences Po, 2023.

Comment se porte l’économie française ? Est-elle grippée ? En forme ? Des analystes saluent ses élans de croissance, auscultent ses ralentissements, relèvent les signes avant-coureurs de crise. Des indicateurs devenus familiers, tel le PIB, lui donnent sa consistance.

La notion d’économie nationale n’a pourtant rien de naturel. Elle est le produit d’un lent travail d’institutionnalisation entrepris durant l’entre-deux-guerres dans l’espoir de redonner à l’État une marge de manœuvre, de lui fournir de nouveaux terrains d’intervention.

L’auteur explore le travail des économistes, statisticiens, représentants patronaux et syndicaux, responsables politiques et administratifs qui ont accumulé les preuves de l’existence d’une entité économique dont on peut mesurer les variations. Après avoir servi de cadre privilégié à la planification, l’objet primordial ainsi créé a aussi révélé sa face contraignante, lorsqu’en période de crise l’État subit l’économie plus qu’il n’agit sur elle.


Recensions et interventions dans la presse

Alternatives économiques

Le Monde : « L’invention de l’économie française » se penche sur le berceau de la comptabilité nationale

Le Monde : La crise écologique fait renaître le désir d’État

France Culture, Entendez-vous l’éco

L’Humanité

BFMTV

Recensions dans des revues scientifiques

Lectures.revues.org

Revue française de socio-économie


Introduction  
L’économie : objet de la modernité, catégorie des sciences sociales et lieu d’intervention de l’État 
Les économistes font-ils la réalité économique ?  
La mise en forme des entités collectives 
Démocratie et nécessité  
Allier transformation historique et approche microsociologique  
Comment enquêter sur une entité émergente ? 
Suivre l’économie française à la trace

Chapitre 1 – L’économie a-t‑elle une date de naissance ?  
L’économie : un objet du XVIIIe ou du XXe siècle ?  
L’autonomisation des sphères  
La nationalisation des sphères  
À chaque sphère ses savoirs  
Économie agissante, économie agie : un modèle analytique

Chapitre 2 – Les laboratoires de l’économie française 
L’économie nationale : une instabilité institutionnelle  
Cartographie de la France et approche sectorielle : la composition de l’économie  
Penser le « cycle des affaires » : la dynamique de l’économie  
Les estimations du revenu national : la mesure de l’économie  
Le planisme et la crise des années 1930 : la politique de l’économie  
La représentation des intérêts : l’économie représentée  
L’économie française, un amas hétérogène

Chapitre 3 – Structure et grandeur de l’économie  
Structure de l’économie française  
Grandeur de l’économie française  
La circulation du concept d’économie française  
La consistance de l’économie française

Chapitre 4 – La mise en causes  
Une petite équipe d’ingénieurs  
Pratiques de l’économie  
Sélection et qualification  
Une politique de laboratoire 
Interdépendance et événements extérieurs  
Politique économique, politique de l’économie

Chapitre 5 – Dans quoi le chiffre est-il pris ?   
Discuter de l’économie… ou discuter d’un modèle ?  
Y avait-il d’autres « options » ?  
L’économie française par ses dispositifs

Chapitre 6 – La crise de la prévision  
Prévoir en période de crise : la multiplication des lieux de prévision  
Un ethos professionnel civique et descriptif  
La transformation de l’expertise économique d’État 
Le retournement de l’économie française

Conclusion  
D’un arrangement historique à un autre  
Le désencastrement de l’expertise économique  
L’émergence des économies nationales, un processus transnational et continu  
Lignes de fuite

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Instabilités sémantiques – Numéro spécial de Tracés

Sommaire en PDF ou numéro entièrement accessible sur le site de Tracés

Thomas Angeletti, Juliette Galonnier, Manon Him-Aquilli, dir., 2022, Instabilités sémantiques, Tracés. Revue de sciences humaines, 43.

Ce numéro de Tracés revisite la question classique de la vie sociale des mots, et cherche à comprendre comment l’apparition d’un terme et ses différents sens potentiels sont socialement produits et reproduits. Il porte tout particulièrement le regard sur les controverses autour du sens des mots et sur ce qu’elles révèlent de nos sociétés et du fonctionnement du langage. Si de tels moments métadiscursifs, prenant le discours comme objet de débat, font partie intégrante de l’usage social du langage, certaines pratiques de nomination génèrent davantage de conflictualité que d’autres, laissant apparaître une circulation accrue d’attaques et de contre-attaques portant sur les manières de dire. Ces tensions entre stabilité et instabilité sémantique soulèvent quatre types de questionnements. Comment approcher la temporalité et le rythme des transformations sémantiques et des débats qui les accompagnent ? Qui peut agir sur le sens des mots, et en recourant à quels dispositifs ? Dans quels contextes et à quelles échelles surgissent ces conflictualités sémantiques ? Que faire enfin de l’historicité des mots, cette mémoire discursive parfois utile et parfois encombrante pour les acteurs sociaux ? En tentant de répondre à ces questions, ce volume adopte une conception du discours et de la nomination en tant que pratiques prises dans une tension entre institution et négociation en contexte, et les envisage comme des lieux de rencontre entre forces stabilisatrices et forces déstabilisatrices du sens.


This issue of Tracés revisits the classic question of the social life of words, and seeks to understand how the appearance of a term and its various potential meanings are socially produced and reproduced. In particular, it looks at the controversies surrounding the meaning of words and what they reveal about our societies and the functioning of language. If such metadiscursive moments, taking discourse as an object of debate, are an integral part of the social use of language, certain acts of naming generate more conflictuality than others, revealing an increased circulation of attacks and counter-attacks on ways of saying. These tensions between semantic stability and instability raise four types of questions. How can we approach the temporality and rhythm of semantic transformations and the debates that accompany them? Who can act on the meaning of words, and through what devices? In what contexts and on what scales do these semantic conflicts arise? And finally, what can be done with the historicity of words, this discursive memory that is sometimes useful and sometimes cumbersome for social actors? In attempting to answer these questions, this volume adopts a conception of discourse and naming as practices caught in a tension between institution and negotiation in context, and considers them as places of encounter between stabilizing and destabilizing forces of meaning.

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The Laws of Finance – Numéro spécial de European Journal of Sociology

Sommaire en PDF ou numéro accessible sur le site de Cambridge University Press

Thomas Angeletti, Benjamin Lemoine, dir., 2021, The Laws of Finance, European Journal of Sociology, vol. 62, n°2.

Cette introduction esquisse les grandes lignes d’un programme de recherche empirique et théorique sur la co-construction et les modalités d’enchevêtrement entre droit et finance. En adoptant une perspective sociologique processuelle, nous montrons comment il est possible de reconnecter les dispositifs socio-techniques juridico-financières, qui se déploient à l’échelle microsociale, à la « big picture » macrosociale du capitalisme financier. Nous combinons une analyse historicisée de l’État et du champ juridique avec les outils de la sociologie pragmatique, attentive à la façon dont la réalité sociale, les institutions et les acteurs de ces processus sont redéfini·e·s au cours d’épreuves successives. Ce programme de recherche sur la sociologie du droit financier se déploie principalement sur quatre axes. Premièrement, nous montrons comment cet espace juridique spécifique est coproduit par des forces et des organisations publiques et privées. Deuxièmement, nous examinons comment le droit financier déplace, redéfinit et « endogénéise » les prérogatives souveraines et de politiques publiques traditionnellement associées à l’État. Troisièmement, nous montrons les formes d’asymétries qui structurent le traitement judiciaire des affaires financières. Enfin, quatrièmement, nous abordons la manière dont ces formes de gouvernement et de pouvoir n’interviennent pas exclusivement lors de situations exceptionnelles, telles que les crises financières, mais aussi en régime ordinaire. La coproduction juridique et financière des régimes politiques façonne ainsi les économies et les formes légitimes de distribution sociale.


In this special issue, we unpack law and finance entities and consider their co-construction, entanglement and interchanging relationship. Adopting a processual sociology lens, we aim to connect micro-technical devices and controversies to the macroscopic big picture of financialized capitalism. We combine analytical tools from pragmatic sociology, emphasizing how social reality and institutions are (re-)enacted through trials, with a dynamic and historicized sociology of the state and the juridical field. Four avenues illustrate our research program on the sociology of financial law. First, we focus on how this juridical space is co-produced by public and private forces, organizations and initiatives. Second, we look at how financial law displaces and endogenizes core regalian purposes traditionally associated with the state. Third, we show the forms of asymmetries that pervade law enforcement in financial cases. Fourth, we address how power intervenes in normal and exceptional times, such as financial crises. The legal and financial co-production of political regimes shapes economies and legitimate forms of social distribution.

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Faire époque – Numéro spécial de Tracés

Sommaire en PDF ou numéro entièrement accessible sur le site de Tracés

Thomas Angeletti, Quentin Deluermoz, Juliette Galonnier, dir., 2019, Faire époque, Tracés. Revue de sciences humaines, 36.

Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, Trente Glorieuses… Les époques structurent notre imaginaire temporel et notre appréhension du présent. Catégorie centrale des sciences humaines et sociales, l’époque régit aussi l’expérience ordinaire des acteurs et peut servir de fondement à l’action politique. Elle reste pourtant remarquablement peu interrogée. Au fond, qu’est-ce qu’une époque ? Comment en arrêter les contours ? De quoi est-on contemporain ? Et que produisent les tentatives de périodisation sur notre rapport au temps et à l’histoire ? C’est à l’étude de ces questionnements qu’est consacré ce numéro de Tracés. À travers l’examen d’objets aussi divers que la naissance du capitalisme, l’historiographie du Moyen Âge, la place des femmes dans la Renaissance, la critique du temps présent dans le théâtre des XVe et XVIe siècles, les révolutions caribéennes de la fin du XVIIIe siècle, la périodisation des relations internationales, le sens du temps à l’ère capitaliste, la crise financière de 2008, ou les époques du futur imaginées par la science-fiction, les différentes contributions de ce numéro viennent chacune éclairer un pan de ce phénomène que nous appelons époque. Ce numéro montre ainsi la pluralité des manières de « faire époque », en s’intéressant aux conditions parfois conflictuelles de la genèse des époques, ainsi qu’aux soubassements épistémologiques et politiques de leurs usages.


Antiquity, Middle Ages, Renaissance… Historical epochs structure our imagination and our ways of understanding the present. If epochs are a central category in human and social sciences, they also play a structuring role in the ordinary experience of social actors, and can lead to political action. Yet, epochs remain an understudied phenomenon. What is an epoch ? How to decide where one starts and ends ? What are we the contemporaries of ? And what are the consequences of periodizing attempts on our relationship to time and history ? This special issue of Tracés is precisely dedicated to these questions. The papers gathered in this special issue enlighten the implications of epoch-making through the study of various topics, such as the birth of capitalism, the historiography of Middle Ages, the place of women in the Renaissance, the critique of present time in 15th and 16th centuries’ theater, the Caribbean revolutions at the end of the 18th century, the periodization of international relations, the sense of time in the capitalist epoch, the financial crisis of 2008, or the future epochs depicted by science fiction. Thereby, this special issue shows the multiple ways to conceive an epoch, by studying the conditions of their emergence as well as the epistemological and political implications of their uses.

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Qu’est-ce qu’une époque ?

Disponible en PDF ou sur Cairn

Thomas Angeletti, Quentin Deluermoz, Juliette Galonnier, 2019, « Qu’est-ce qu’une époque ? », Tracés. Revue de Sciences humaines, 36, p. 7-25.

Antiquité, Moyen Âge, Renaissance, Trente Glorieuses… Les époques structurent notre imaginaire temporel et notre appréhension du présent. Catégorie centrale des sciences humaines et sociales, l’époque régit aussi l’expérience ordinaire des acteurs et peut servir de fondement à l’action politique. Elle reste pourtant remarquablement peu interrogée. Au fond, qu’est-ce qu’une époque ? Comment en arrêter les contours ? De quoi est-on contemporain ? Et que produisent les tentatives de périodisation sur notre rapport au temps et à l’histoire ? C’est à l’étude de ces questionnements qu’est consacré ce numéro de Tracés. À travers l’examen d’objets aussi divers que la naissance du capitalisme, l’historiographie du Moyen Âge, la place des femmes dans la Renaissance, la critique du temps présent dans le théâtre des XVe et XVIe siècles, les révolutions caribéennes de la fin du XVIIIe siècle, la périodisation des relations internationales, le sens du temps à l’ère capitaliste, la crise financière de 2008, ou les époques du futur imaginées par la science-fiction, les différentes contributions de ce numéro viennent chacune éclairer un pan de ce phénomène que nous appelons époque. Ce numéro montre ainsi la pluralité des manières de « faire époque », en s’intéressant aux conditions parfois conflictuelles de la genèse des époques, ainsi qu’aux soubassements épistémologiques et politiques de leurs usages.


Antiquity, Middle Ages, Renaissance… Historical epochs structure our imagination and our ways of understanding the present. If epochs are a central category in human and social sciences, they also play a structuring role in the ordinary experience of social actors, and can lead to political action. Yet, epochs remain an understudied phenomenon. What is an epoch ? How to decide where one starts and ends ? What are we the contemporaries of ? And what are the consequences of periodizing attempts on our relationship to time and history ? This special issue of Tracés is precisely dedicated to these questions. The papers gathered in this special issue enlighten the implications of epoch-making through the study of various topics, such as the birth of capitalism, the historiography of Middle Ages, the place of women in the Renaissance, the critique of present time in 15th and 16th centuries’ theater, the Caribbean revolutions at the end of the 18th century, the periodization of international relations, the sense of time in the capitalist epoch, the financial crisis of 2008, or the future epochs depicted by science fiction. Thereby, this special issue shows the multiple ways to conceive an epoch, by studying the conditions of their emergence as well as the epistemological and political implications of their uses.

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Finance on Trial: Rules and Justifications in the Libor Case

Disponible en PDF ou sur Cambridge University Press

Thomas Angeletti, 2017, « Finance on Trial: Rules and Justifications in the Libor Case », European Journal of Sociology, vol. 58, n° 1, p. 113-141.

In the context of the recent financial meltdown, the financial industry has frequently been accused of being indifferent to the irregular practices of its members or even to be criminogenic. But how do actors of the financial industry respond to such accusations and defend themselves? How do they justify their actions when facing legal charges as well as public blame? This article elucidates these questions through a rare ethnographic case: the first criminal trial of a trader involved in the manipulation of Libor, which took place in London in 2015. Tied to at least $300 trillion contracts, Libor is a benchmark that plays a key role in the financial industry. The paper offers a sociological framework to capture the justifications of financial wrongdoings, arguing that they are structured around three elements: (a) a conception of rules; (b) a narrative; (c) a form of responsibility. I distinguish three justifications: the one of the maker, of the interpreter and of the user. I finally discuss how these justifications contribute to the general tolerance towards white-collar crime.


A short presentation of the paper is available on the Work in Progress website, produced by several economic-related sections of the American Sociological Association.


Depuis la crise financière de 2007, l’industrie financière a été régulièrement accusée d’être trop peu regardante sur l’activité de ses membres, voire même d’encourager les pratiques délinquantes. Comment les acteurs de l’industrie financière répondent-ils à ces accusations et tentent de se défendre ? Comment justifient-ils leurs actions face aux poursuites judiciaires et à leur dénonciation publique ? Cet article répond à ces questions à partir d’une ethnographie du premier procès pénal d’un trader jugé pour la manipulation du Libor, qui s’est tenu à Londres en 2015. Le Libor est un taux d’intérêt central dans l’industrie financière, sur lequel sont indexés plus de 300 billions de dollars de contrats. L’article propose un cadre d’analyse sociologique pour saisir les justifications des illégalismes financiers et avance qu’elles sont structurées autour de trois caractéristiques : une conception des règles, un récit, une forme de responsabilité. Je distingue ainsi trois justifications, celle du créateur, de l’interprète et de l’utilisateur. Finalement, je montre comment ces justifications contribuent à la tolérance générale envers la délinquance en col blanc.

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Les êtres collectifs en question

Download PDF ou Egalement accessible sur le site de Tracés

Thomas Angeletti, Aurélien Berlan, 2015, « Les êtres collectifs en question », Tracés. Revue de sciences humaines, 29, p. 7-22.

Dans quelles situations les individus se retrouvent-ils confrontés à des êtres, des institutions ou des systèmes qui les dépassent ? Comment y font-ils référence ? Quelles solutions théoriques les sciences sociales mobilisent-elles pour en parler ? Ce numéro regroupe des contributions empiriques et théoriques qui étudient les modes d’existence et d’apparition des êtres collectifs quand ils sont envisagés comme des vecteurs d’action. Une tension centrale traverse toutes les disciplines représentées : d’un côté, on se prémunit méthodologiquement contre toute substantialisation des êtres collectifs, de l’autre on va au-delà de cette précaution pour les faire agir. Cette tension est d’autant plus sensible que les sciences sociales n’ont aucunement le privilège de mobiliser des entités collectives : les personnes ordinaires ne cessent de les convoquer ou de les combattre. En étudiant des êtres aussi différents que le capitalisme, les marchés, l’État, les corps délibérants, l’Église, La Poste ou encore les Nicolotti dans la Venise du XVIIIe siècle, les articles, traductions et entretien présents dans ce numéro montrent la variété des manières de convoquer de telles entités.


In what kind of situations do individuals face collective entities, institutions or systems larger than themselves? How do they refer to them? What theoretical approaches do social sciences take to discuss them? The empirical and theoretical articles in this special issue examine the modes of existence of collective entities when they are conceived as actors. There is a general tension that unites these analyses across all the disciplines represented in this issue: on one hand, it is important to be careful to avoid substantializing collective entities in any way; on the other hand, it appears necessary to toss this caution aside and consider them as acting institutions. This contrast is even more significant when one takes into account that social scientists are not the only ones to refer to collective entities: people never stop to summon them or to fight them. By exploring entities as diverse as capitalism, markets, the state, deliberating bodies, the Church, the French postal system or the Nicolotti in eighteenth-century Venice, the articles, translations and interview gathered in this issue show the variety of ways to deal with such collective entities.

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Convoquer les êtres collectifs – Numéro spécial de Tracés

Sommaire en PDF ou numéro entièrement accessible sur le site de Tracés

Thomas Angeletti, Aurélien Berlan, dir., 2015, Convoquer les êtres collectifs, Tracés. Revue de sciences humaines, 29.

Dans quelles situations les individus se retrouvent-ils confrontés à des êtres, des institutions ou des systèmes qui les dépassent ? Comment y font-ils référence ? Quelles solutions théoriques les sciences sociales mobilisent-elles pour en parler ? Ce numéro regroupe des contributions empiriques et théoriques qui étudient les modes d’existence et d’apparition des êtres collectifs quand ils sont envisagés comme des vecteurs d’action. Une tension centrale traverse toutes les disciplines représentées : d’un côté, on se prémunit méthodologiquement contre toute substantialisation des êtres collectifs, de l’autre on va au-delà de cette précaution pour les faire agir. Cette tension est d’autant plus sensible que les sciences sociales n’ont aucunement le privilège de mobiliser des entités collectives : les personnes ordinaires ne cessent de les convoquer ou de les combattre. En étudiant des êtres aussi différents que le capitalisme, les marchés, l’État, les corps délibérants, l’Église, La Poste ou encore les Nicolotti dans la Venise du XVIIIe siècle, les articles, traductions et entretien présents dans ce numéro montrent la variété des manières de convoquer de telles entités.


In what kind of situations do individuals face collective entities, institutions or systems larger than themselves? How do they refer to them? What theoretical approaches do social sciences take to discuss them? The empirical and theoretical articles in this special issue examine the modes of existence of collective entities when they are conceived as actors. There is a general tension that unites these analyses across all the disciplines represented in this issue: on one hand, it is important to be careful to avoid substantializing collective entities in any way; on the other hand, it appears necessary to toss this caution aside and consider them as acting institutions. This contrast is even more significant when one takes into account that social scientists are not the only ones to refer to collective entities: people never stop to summon them or to fight them. By exploring entities as diverse as capitalism, markets, the state, deliberating bodies, the Church, the French postal system or the Nicolotti in eighteenth-century Venice, the articles, translations and interview gathered in this issue show the variety of ways to deal with such collective entities.

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Le sociologue et le temps

Disponible en PDF ou sur https://doi.org/10.3917/rai.048.0005

Thomas Angeletti, Arnaud Esquerre, Jeanne Lazarus, 2012, « Le sociologue et le temps », Raisons politiques, 48, p. 5-12.

Lier prédictions eschatologiques et prévisions économiques pourrait sembler, au premier abord, assez incongru et, probablement davantage encore pour les spécialistes de chaque genre. Car tant les prédictions eschatologiques que les prévisions économiques ont leurs spécialistes, les uns se situant dans l’étude des religions, les autres dans celle de l’économie.

Pourtant, une prédiction eschatologique n’est pas seulement religieuse, une prévision économique n’est pas seulement économique. Pour le comprendre, l’attention doit s’éloigner des approches strictement « disciplinaires » de ces objets et privilégier, davantage qu’une étude d’univers cloisonnés et dissociés, une analyse prenant appui sur un élément commun et des principes méthodologiques convergents. En faisant le pari de présenter ensemble des pratiques habituellement séparées, nous espérons ouvrir de nouveaux questionnements et dégager de nouveaux angles d’analyse.

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Prédictions apocalyptiques et prévisions économiques – Numéro spécial de Raisons politiques

Sommaire en PDF ou numéro accessible sur Cairn

Thomas Angeletti, Arnaud Esquerre, Jeanne Lazarus, dir., 2012, Prédictions apocalyptiques et prévisions économiques, Raisons Politiques.

Ce numéro de Raisons politiques compare les types de discours sur le futur que sont les prédictions apocalyptiques et les prévisions économiques. Le rapport contemporain au temps se caractérise par la volonté de maîtrise et par de multiples façons d’articuler les évènements à venir avec ce temps maîtrisé. Pourtant, si les prévisions économiques témoignent des efforts des institutions publiques et privées pour stabiliser la réalité, les prédictions apocalyptiques, et notamment la dernière en date qui annonce la fin du monde pour le 21 décembre 2012, rappellent la fragilité de la réalité face aux évènements qui pourraient surgir. Prédictions et prévisions sont à penser ensemble car elles sont l’envers l’une de l’autre.


This special issue of Reasons politiques compares two type of discourses on the future: apocalyptic predictions and economic forecasts. The contemporary relationship with time is characterized by the desire to control time and by the multiple ways of articulating events with this controlled time. However, while economic forecasts testify of public and private institutions’ efforts to stabilize social reality, apocalyptic predictions remind the fragility of reality when facing the events that could arise. Predictions and forecasts needs to be thought together because they are precisely two sides of the same coin.